Methanisation et maïs : le cocktail infernal

Des régions entières de l’Allemagne sont utilisées pour le maïs, plante énergétique pour la méthanisation et les agriculteurs sont supplantés par les investisseurs. En seulement 4 ans, le prix de la location de l’hectare est passé de 250 à plus de 600 €/an. Les producteurs de lait ont perdu des surfaces de pâture et de culture au profit de la production de maïs nécessaire pour la production de biogaz.

A l’origine, transformer des produits alimentaires en électricité était une idée de la coalition Rouge-Vert (SPD-Grünen). De multiples petites unités de méthanisation devaient transformer l’Allemagne en « paradis du biogaz ». Avec le temps, cela a entraîné un développement exponentiel des grosses méthanisation dévoreuses d’hectares au détriment de l’agriculture et de l’élevage. Une ruée vers l’or vert et gazeux, subventionnée par l’Allemagne, comme la France le fait maintenant. Un désastre écologique en fait.

Depuis quelque temps, ce ne sont plus uniquement des agriculteurs qui se lancent dans le secteur énergétique. Les investisseurs s’appellent AgriKultur, Deutsche Biogas ou KTG Agrar. Ces sociétés reçoivent des centaines de millions d’euros de banques, les agriculteurs ne servant souvent que de prête-noms. Grâce à eux, ces sociétés peuvent construire des unités de méthanisation à proximité de la ferme et récupérer les terres agricoles pour planter le maïs qui sera cultivé de façon intensive pendant des années, avec les conséquences environnementales que l’on imagine !

Les responsables allemands de la qualité de l’eau sont inquiets. Une méthanisation produit chaque année de 20 000 à 100 000 tonnes de déchets, appelés « digestat », utilisés ensuite comme engrais sur les champs de maïs. La charge en nitrates dans les nappes de surface sous les champs de maïs a été mesurée : elle se situe entre 80 et 120 mg/l, bien au-dessus de la valeur maximale autorisée de 50mg/l. Comme l’indique un responsable : « Nous sommes en train de créer un très gros problème. Nous acceptons de sacrifier la qualité des eaux souterraines ».

Récemment, un groupe de scientifiques de renom a demandé de mettre fin au boum du biogaz sur-subventionné car le « taux d’efficacité énergétique global » est dérisoire du fait des immenses surfaces nécessaires. Voilà, une technique qui, avec 4,8 milliards d’euros de tarifs d’achat d’énergie préférentiels, est maintenue en vie cette année encore, alors qu’elle n’a aucune chance d’ici peu face aux améliorations économiques et énergétiques de l’éolien et du photovoltaïque, selon le chercheur de l’Académie, Rolf Thauer. En effet, en terme de bilan énergétique, l’électricité photovoltaïque est 5 fois plus efficace que l’électricité produit à partir de biogaz et l’éolien 10 fois plus !

Cette histoire risque d’être celle de la France dans quelques années…